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Ma réponse à “Je pensais que j’étais Trans”

Ce matin, j’ai eu droit à un bien drôle de réveil. Dans ma boîte de réception se trouvait plusieurs messages/email me parlant du nouvel article de Radio-Canada, portant sur la détransition, nommé “Je pensais que j’étais trans”. Il est important de noter que cet article figure présentement au numéro un du palmarès des articles les plus populaires sur le site de Radio-Can. À ma connaissance, il n’est jamais arrivé qu’une chronique explorant les aspects positifs de la transition n’ait atteint un aussi gros achalandage. Ce qui me fâche, ce n’est pas l’expérience de ces gens qui ont détransitionnés, mais bel et bien l’angle exploité par la journaliste sur cet enjeu. La détransition de ces gens n’est pas une preuve qu’être trans c’est une mode. Cela découle plutôt du fait que questionner son genre est maintenant plus accessible.

En se concentrant sur “les mauvais côtés” de la transition, Radio-Canada renforce insidieusement le discours transphobe ambiant. Durant des années, je n’arrivais pas à verbaliser mon identité trans, encore moins à la concevoir. Le narratif de cet article se rapproche étrangement de mes pensées intrusives. Cette voix me répétant que “je ne suis pas assez Trans,” “que je fake ma transition pour avoir plus d’attention,” “que pour être trans je dois aimer les trucs de gars.”

La tangente que cet article prend nous fait croire que les stéréotypes de genre sont le résultat et non pas la cause du mouvement trans.  Plusieurs des jeunes interviewés confient avoir entamé leur transition parce qu’ils “n’étaient pas confortables avec leur genre assigné à la naissance.” Par ailleurs, ils insinuent que le mouvement trans les aurait en quelque sorte encouragés à correspondre à un autre genre “Je suis juste une fille manquée pas un gars.” Mais l’identité Trans est bien plus compliquée que “je suis née fille, je veux être un gars”.

Cette perception de l’identité trans est en fait construite et maintenue par le corps médical. Afin d’avoir accès à l’hormonotherapie et/ou à des chirurgies affirmatives dans le genre, les personnes trans doivent être perçues comme “assez trans” par les médecins ou tout autre professionnel de la santé.

Lors de mon premier rendez-vous pour commencer l’hormonothérapie,  j’ai dû jouer le jeu de “l’homme piégé dans un corps d’une femme”. Tout en sachant que ma réalité est beaucoup plus complexe que préférer le bleu au rose.

Être trans c’est vraiment plus compliqué que “être née dans le mauvais corps.” En donnant autant d’importance au phénomène de la “détransition”, Radio-Canada endosse encore l’idée que la transition est éphémère. Et ce, au lieu de célébrer nos victoires et réussites, une chose qui pourrait sauver bien des vies.

 

Révision par Emz Lavallée ❤

5 comments on “Ma réponse à “Je pensais que j’étais Trans”

  1. Merci pour ta réponse. Quelle pourriture ce reportage !

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  2. A un certains moment, la dame énumere des exemples de détransition. Les raisons me semblaient farfelu (homophobie internalisé, etc…) Parce que je ne suis pas habitué de les entendre.

    Cependant, pas une fois j’ai perçu qu’elle essayais brimer les personnes trans au dépend des détransitionneurs.
    Ses exemples étaient spécifiques aux cas de détransition. Comment pourrais-je le prendre personnel?

    Je suis trans, et je suis bien.

    Tout le monde n’est pas comme moi.

    Je connais une poignées de gens qui regrettent avoir pris les hormones si tot, d’avoir rusher leur top surgery, qui s’en veulent d’avoir fait la vaginoplastie, ou encore qu’y s’appercoivent qu’ils sont encore plus inconfortables dans leur transition qu’ils ne l’étaient avant celle-ci…

    et je sais qu’il sont moins que 5% d’entre nous et que les gens qui sont pas trans comprennent mal la différence.
    Mais ils existent.

    Toi, moi, eux, et les docteurs spécialisé ont comprend ce quie se passe et c’est ce qui compte.

    Les détransitionneurs sont encore plus marginalisé que toi et moi.

    Je crois qu’il est important de parler de leur cas.

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  3. Bravo! Tellement bien expliqué!

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  4. sarahbell7931

    Merci pour ce magnifique article! Ca m’a mis du baume sur mon cœur après la violence de l’article en question…

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  5. Geneviève Ste-Marie

    Merci, grâce à votre texte, mon fils à trouvé les mots justes pour mettre fin aux commentaires transphobes qu’il a reçu suite à l’article de Radio Canada. Des commentaires qui ne venaient pas de gens ignorants ou de personnes transphobes, mais d’amis, qui tout à coup, se sont grandement inquiétés pour lui et ont remis en question sa transition. Je crois que c’est d’autant plus douloureux quand ça se passe ainsi.

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